Pluie

Dans son dimanche de solitude
Il a ouvert sa main à la pluie
Il a senti sa main mouillée, et de l’eau sur sa joue
Il a ouvert son parapluie, séché ses larmes, et marché.
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Pourquoi t’es tout seul?

Dialogue entre moi et une petite fille de 6 ans, qui accompagnait sa mère au supermarché, et faisait la queue à la caisse voisine de la mienne:
"T’as pas acheté beaucoup de choses!
– Non. Mais c’est peut-être parce que je mange moins que toi?
– Où elle est ta femme?
– Je n’en ai pas, mon petit…
– T’est tout seul, alors?
– Oui, petite, je suis tout seul.
– Pourquoi t’es tout seul?
– Je ne sais pas, ma puce. Je ne sais pas."
Je ne sais pas.

Quelle tristesse…

Il y a quelque temps, j’avais acheté un hareng au supermarché, rayon poissonnerie. "J’vous l’tranche?" m’avait demandé l’accorte poissonnière, qui n’avait rien à voir avec le faubourg du même nom. "Non", répondis-je. L’œil du hareng me semblait si intelligent que je l’emportai vite chez moi, et, après une intense pratique de respiration artificielle, il revint à la vie. Je l’ai placé dans un bocal, pour le requinquer, ce qui, pour un hareng est plutôt bizarre, mais bon. Il a appris à respirer à l’extérieur, et en est vite venu à me suivre partout.
Je le promenais donc, en laisse, pour lui faire faire ses besoins, en le protégeant des chats et autres prédateurs. On s’entendait bien.
Il tenait sa laisse entre ses lèvres, pour quémander une promenade… Charmant, et touchant, quoique ses "floc-floc" fussent peu motivants. Je prenais sur moi, car un animal de compagnie, c’est important. Et puis, un hareng, contrairement à un chien, ça ne bave pas, ça ne lève pas la patte pour pisser partout, ça n’aboie pas. Et surtout, ça ne perd pas de poils partout.
Le week-end dernier, je l’ai emmené en balade sur le port de La Rochelle. Il était 3 heures du matin, nous parlions, surtout moi, bien sûr, de la vanité des choses et du monde…
Tout à coup, sans prévenir, une vague est montée. Je n’ai rien pu faire. La laisse de mon hareng, arrachée de mes mains inattentives, a été emportée, avec le pauvre animal.
Il est mort noyé.