Ma Lola

D’où tu es, est-ce que tu me regardes?
Me vois-tu?

Les amis me disent que dois être attentif, car tu es partout, maintenant, et que tu m’envoies sûrement des signes.
J’ai peur de ne les voir, de passer à côté.

Tu me manques, ton sourire me manque, nos promenades me manquent, ta main sur mon bras pour te servir d’appui…
Et nos tartares de saumon? Et nos bars au sel? Tout seul, tout ça?
Je vais avoir du mal…

Oh oui, Lola, tu me manques. J’ai perdu ma moitié de puzzle. J’espère que tu as retrouvé là-bas ou là-haut des gens que tu aimais.

Ici, même le soleil ne suffit pas.

Chier sur la médecine?

La première image date du 26/03/2016.

La deuxième de trois mois plus tard: 26/06/2016.

Entre les deux 4 séances de chimiothérapie. Eh ben quand je vois ça, je me dis qu’on aurait mieux fait de vivre sans rien faire, elle serait peut-être encore là!

Je chie sur la médecine et tous ces spécialistes qui nous achèvent plus souvent que nous le voudrions.

Alors, il faudrait y croire?

La force de l’esprit…

Ce matin, au moment même où nous dispersions les cendres de Lola, un rayon de soleil a percé le ciel rempli de nuages…

Mais il y a plus troublant.
Le mardi 14 mars, Christophe, ami peintre, a entrepris une nouvelle toile, avec le matériel de Lola.
Un châssis vierge, les pinceaux de Lola, les tubes de peinture de Lola…
Il a lutté des heures, et puis c’est venu.
Il a terminé sa toile le 14 mars à 23 h.40.

A l’instant même où Lola, non loin de là, rendait son dernier soupir…

Chère Lola

« Nous nous sommes rencontrés récemment par l’entremise de Jean-Paul.
Il m’avait tellement parlé de toi que, d’une certaine façon, je te connaissais déjà.
C’était ce samedi pluvieux où tu exposais tes toiles dans cette belle chapelle de St Jean, en même temps que trois autres amis artistes.
Ce jour là, je me suis rendu d’abord à l’hôpital, la gorge nouée. Mais, dans cet univers aseptisé d’une chambre d’hôpital, tu as su me mettre à l’aise et tu m’as donné une leçon de vie. Au terme d’une conversation détendue, où la sérénité tutoyait l’élégance, tu m’as dit ces mots simples: il faut vivre.
Tes mots ont une résonance particulière, et il faut, je pense, les garder en sautoir toutes les fois où l’on doit lutter contre des forces négatives qui nous poussent parfois au nihilisme.
Tu dégageais une énergie joyeuse et vitale, et aussi une force de caractère que l’inéluctable n’a pas réussi à entamer.
Et puis, il y a cette part de mystère que l’on retrouve dans tes peintures qui reflètent une personnalité hors norme, une âme lyrique que les mots dévalueraient. Je n’ai pas trouvé à qui te comparer. On regarde tes œuvres, et on se dit: « c’est Lola, c’est la parole du plus haut silence ». Tu es hors catégorie.
Entre personnages déstructurés et paysages d’apocalypse, tu convoques la beauté et la cruauté de la vie.
Tu es partie apaisée, en regardant la mort bien en face.
C’est la suprême liberté d’une âme noble.
Celle dont parlait si bien Albert Camus lorsqu’il évoquait « cet homme qui ne danse jamais aussi bien que sous l’épée de Damoclès ».
Tu appartiens désormais à l’éternité, et tes œuvres, en attendant la postérité, sont bien gardées par Jean-Paul, ton ange gardien.

Nous, mortels, nous te souhaitons de reposer en paix, Lola. »

C’est par ces mots d’un ami que ma chère Lola a été accompagnée, devant une assemblée d’amis qui étaient venus pour l’entourer.
Elle est bien partie, bien accompagnée, dans un climat plein d’amour, ce qu’elle méritait sans mesure.

A demain, ma Lola.

 

Fond d’écran

Lola ma peintre,

Tu te souviens de cette photo?
C’était il y a deux ans je crois, prise par un ami.

Royan, la mer, le froid brumeux de la saison, Cordouan dans le fond de l’estuaire, un bateau…
Nous aimions cette vue. Nous y passions souvent un  moment, avec une petite gaufre…

Alors je nous ai installés en fond d’écran.

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L’absence

Le vide de l’absence… Une belle journée commence. Avec un tel soleil, je lui aurais téléphoné pour lui proposer une promenade, au lieu de rester enfermés, elle dans son atelier, moi dans mon labo photo.
Elle m’aurait répondu « oui, oui! ».

Et on aurait roulé vers La Tremblade, pour déguster, elle des crevettes, moi des huîtres, et marcher un peu le long du chenal.
Ou alors, un petit aller retour vers la plage de St Georges, avec une de ces crèpes qu’elle savourait.

Retour chez elle le soir, petit repas, avec une bouteille de rouge.

Elle est partie seule, je n’étais pas à côté d’elle. Qu’a-t-elle pensé au dernier moment? S’est-elle sentie abandonnée? Jamais je ne l’ai laissée seule, sans arriver, tout de suite, comme le matin même, où on m’avait appelé à 4 heures et demie du matin.

Je ne savais pas qu’une joue, qu’une bouche de femme, pouvait être aussi froide. Je lui ai fait un dernier baiser, avant qu’on ne l’emmène. Elle était calme.

Qui a dit qu’on reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en partant?

Lola! Tu me manques!

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Au moins elle ne souffre plus.

Serlo est partie.
Lola la peintre. Ma peintre.
Ma soeur, mon amie, ma compagne des beaux et moins beaux jours, depuis trop peu d’années.
Ma grande Lola, ma Duduche à moi, si perdue dans ce monde pas fait pour elle, elle qui était capable de tout donner, même sa chemise, par amour du monde, comme ça.
Elle qui peignait si bien, si fort, si beau.
La vie ne lui avait pas fait de cadeaux.
La mort ne lui en a pas fait non plus. Elle a su s’annoncer, puis se faire attendre, longtemps, pour que ma Lola souffre encore et encore…
Elle ne méritait pas ça.
On avait pris l’habitude de dire que nous n’étions pas un couple, mais une paire.
Elle vivait avec moi, je vivais avec elle, et nous ne vivions pas ensemble…
Tout le monde souriait de cette distance que nous avions prise, d’un commun accord, avec la vie des autres.
Sauf ces derniers mois, si durs, si longs, si affreux. Alors, pour la faire oublier un peu, je l’emmenais goûter à St Georges de Didonne, une crèpe au beurre salé, avec une goulée de cidre.
Et on marchait un peu.
De moins en moins longtemps. Mais le soleil était bon, face à cette pointe du Médoc, où nous étions allés nous promener, pour qu’elle revoie Soulac et la plage de son enfance.
J’aurais voulu prendre sa douleur.
Pas pu.
Alors je peux juste lui dire « va, et à bientôt, mon bel amour platonique, ma tendre amitié, dis bonjour pour moi à ton Serge bien aimé ».
Lola, je prendrai soin de toi et de ton souvenir. J’aurais eu tant de choses à te dire!
Chers amis, je vous préviendrai dès que la date sera fixée.
Vous pourrez lui dire au revoir, au crematorium de Saintes. Ses cendres seront dispersées, selon son souhait, au jardin du souvenir de Saint Jean d’Angely, la ville où elle avait choisi de venir vivre, en 2010.
Farewell, Lola.T’aime.