Voyage

Ma Lola,

J’étais à Castres vendredi et samedi derniers. Un aller retour de presque 1 000 bornes en deux jours, il faut aimer…
Tu sais pourquoi.
Il s’est passé des choses qui font que tu pourrais encore être fière et heureuse pour moi.

Je t’en raconterai plus bientôt.

J’ai montré des images de tes toiles à un ami, qui a découvert une artiste exceptionnelle.
Comme tous ceux qui regardent tes toiles pour la première fois. Inclassables.
Comme toi.

Demain et mardi, je m’occupe de l’expo. On accroche mercredi, et on ouvre jeudi. Vernissage samedi, avec tous les amis. Tu seras là?

Tu me manques, Lola. Tout le temps.

Miss you

Tu te souviens? Tu avais décidé de te mettre à l’anglais. On avait acheté des livres. Et je t’aidais, bien sûr, moi qui avais baigné dans les chansons des Beatles, au milieu de mes prix d’excellence dans cette langue.

Tu me manques. L’anglais inverse la proposition. Pas étonnant qu’ils roulent à gauche…

Ce soir, je me suis souvenu de la première chimio. Saloperie! Je hais la médecine, je l’ai déjà dit. Tu ne voulais pas y aller. Tu étais couchée dans ton lit, et tu me disais « je ne veux pas, ils vont me garder… » . Et c’est moi qui t’ai poussée, qui t’ai aidée à te lever, en te soutenant avec une main dans ton dos, pour t’aider à te lever.

Déjà à ce moment, une seule de mes mains suffisait pour envelopper ton pauvre dos.

Lola, je pleure sur les douleurs que tu as endurées.

Ce soir, j’ai dit à Astrid que tu lui donnais la toile qu’elle a exposée dans sa vitrine. Elle va être là tout l’été. C’est bien. Alors après, il ne saurait être question de la reprendre, cette toile.  Il faut qu’elle la garde. Et c’est très bien ainsi.

La voilà:

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Elle s’appelle « nostalgie de la lumière ».

Je sais, on l’a déjà vue, mais ça fait toujours du bien!

 

Petite bouffe?

C’est comme ça que, très souvent, je te proposais de descendre te voir, pour qu’on mange ensemble.
Surtout quand nous ne nous étions pas vus depuis deux jours! On se manquait. Pas besoin d’être amants pour ça. Il suffit de s’aimer comme on s’aimait!

Alors je descendais. Et on se disait « tiens, ce serait pas mal de se faire une petite bouffe en face ». Il faut préciser qu’en face se trouve le « 3 place d’Aunis », un petit restau pizzeria qui sert des plats sympas pour pas cher…

Alors on commençait par une salade de chèvre chaud:

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Ensuite, pour toi c’était une escalope milanaise, et pour moi une escalope normande.
Le tout avec des frites, parce qu’on avait le pouvoir de n’être pas raisonnables. Et qu’on le valait bien!

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L’ensemble arrosé d’un pichet de 50 cl de rouge local.
Après ça, on pouvait refaire le monde, la peinture, la photo, jusqu’à des heures pas chrétiennes…

Ce soir, je suis passé devant, en face de ta maison. Et une voix (toi?) m’a soufflé de m’arrêter. Il était l’heure de manger. Alors je me suis arrêté et j’ai commandé comme d’habitude.
Un pichet de 25? m’a demandé la serveuse… « Non. Elle boira sa part », ai-je répondu.

Tu ne l’as pas bue. Je me suis dévoué pour t’aider un peu.

Et je suis rentré, un peu pompette, mais pas trop, le rouge est léger.

J’ai pensé à toi, je t’ai parlé, sur la chaise en face qui était désespérément vide, j’ai pleuré, mais j’ai passé un beau moment, comme tous ceux que je passe à penser à toi.

Je ne pourrai pas t’oublier. Lo a raison. Je te garde. A jamais.

Des roses rouges

Ma Lola,

Regarde: Le rosier de ta maison te dit aussi adieu, à sa manière: Il n’a jamais été aussi beau.
Et le logement semble toujours délaissé, personne ne s’en occupe. Ni le propriétaire, ni personne d’autre…
Et les roses rouges disent que la vie, malgré tout, te tend encore les bras.

J’avais bien fait de le tailler… J’espère que tu les vois, elles sont pour toi.

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C’était bien…

Ma Lola,

Je suis allé à un vernissage à Brioux, ce soir. Tu te souviens? Nous y sommes allés, ensemble, plusieurs fois, tu aimais.
Après nous rentrions, chez toi ou chez moi. De préférence chez moi car en cette saison, c’est chez moi qu’il y a encore du soleil, dans le petit jardin.
Nous nous installions à la table de dehors, et savourions une petite soirée simple: Un petit pastis, jambon serrano, cornichons, un  petit Bergerac, sans oublier le beurre d’Echiré…
Tout ce qui nous faisait monter le cholestérol, quoi!

Mais nous aimions ces petits moments.

En mémoire de toi, je m’en suis refait un ce soir. Mais ce n’est pas pareil. Tu n’es pas là. Il n’y a pas ton sourire en face de moi. Tu ne t’es pas assise sur l’escalier pour savourer lentement ton petit Pastis Bardouin, avec un petit cigare…

Et je ne puis que répéter à ton image, que j’ai toujours dans ma tête et dans mon cœur, avec une telle force: Tu me manques. Et je me laisse aller ainsi, à pleurer doucement sur le souvenir de nos belles soirées. Mon âme sœur, je t’espère bien, là où tu es.

 

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Une toile

Te souviens-tu, Lola? Tu l’avais appelée « Même si… ».
Elle date de 2014, année où tu as produit de si belles choses.

Etienne mon frère, et sa femme Martine, avaient beaucoup aimé. Ils étaient repartis sans oser te demander si tu la cèderais, et à quel prix. Nous en avions parlé, et tu avais répondu, toujours avec cette générosité qui te caractérisait au delà de tout, qu’il n’était pas question qu’ils te l’achètent. Tu la leur donnais!

Ils ne voulaient pas… Ils sont venus me voir cette semaine. Et je la leur ai emballée dans du papier-bulle. Ils sont repartis avec. Heureux, comme tu voulais qu’ils le soient.

La voilà, cette toile:

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Avec un bon contraste, c’est encore mieux…

Saintes

Ma Lola,

Je suis allé à Angoulême, hier soir, voir les amis et les frères. Nous avons encore parlé de toi, et le « encore » n’exprime pas de lassitude, au contraire. Ils me soutiennent, comme ils peuvent, avec un soin attentif.
Aujourd’hui, encore (!) des souvenirs: je n’avais pas envie de m’enfermer dans le labo photo, c’est encore difficile… Il faudra pourtant que je mette fin à cette procrastination, comme nous nous le disions tous les deux. Tu te souviens?
« Alors, tu peins? -Nan, je procrastine… Bon, moi aussi, labo pas tentant, on va se promener? »

Combien de fois nous sommes-nous dit ces simples mots, qui nous montraient juste l’envie que nous avions de nous retrouver, d’être ensemble’, de profiter du moment qui vient?

Je suis parti à Saintes, cette ville pleine d’histoire, où tu aimais te promener, toi aussi, les yeux en l’air, pour l’architecture exceptionnelle, les vieilles maisons de calcaire, les terrasses accueillantes, les marches alanguies au bord de la Charente, on a le temps…

J’ai des lunettes de soleil… Elles cachent la mélancolie, je me domine, parfois, pas souvent…

J’ai remplacé la rose rouge sur le jardin du souvenir. Comme chaque semaine. La fleuriste a compris, elle ne me demande plus ce que je veux: Une rose rouge, simple et belle, élégante, et généreuse. Comme toi.

Tu me manques. Bises plein.

Mai…

Chère Lola,

Tu te souviens? L’an dernier, je t’avais apporté un petit bouquet de muguet. Il est resté dans ta chambre plus d’une semaine.
Tu m’avais demandé de le placer près de toi, pour que tu puisses le voir, tout le temps.
Tu avais commencé les séances de première chimio. On espérait, tous les deux, même si c’était dur, très dur, pour toi, et pour moi qui me sentais impuissant, incapable de t’aider.

Tu avais besoin de moi, perdu devant cette situation, devant tes souffrances. Tu ne mangeais pas. Pas faim, peur des nausées. Et je te voyais perdre du poids, toi qui n’en avais déjà pas beaucoup à perdre.

On dit que le muguet porte bonheur… Je vais essayer de t’en trouver quelques brins, et te les apporter.

Je ne  promets rien: pour le porte bonheur, je n’y crois plus.

Je vais juste essayer de sourire, en pensant à toi.