Marée basse…

Cet après-midi, je t’ai emmenée avec moi à La Tremblade, sur le chenal de la Grève. Il fallait profiter de cette belle journée ensoleillée, avant le retour, pour plusieurs jours, de cette pluie qui devient désespérante.

Tu te souviens? Au bout de la jetée, l’estuaire de la Seudre. En face, le petit port de La Cayenne, et sur sa droite, au fond, le clocher de Marennes, aiguille plantée sur les marais.

Je suis resté longtemps là, après avoir dégusté à ta santé une douzaine d’huîtres et un petit verre de blanc d’ici.

A ta santé, chère Lola.

Donne le bonjour à Higelin!

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Un an après…

La colère n’est pas retombée, l’amertume est toujours présente, pesante…
Et le regret de n’avoir pas été à côté d’elle, au dernier instant…
Il y avait du monde, au crematorium, il y a un an.
Tous les amis qui se sont levés, et ont repris spontanément, en chœur, Halleluyah, avec Leonard Cohen, qui l’accompagnait…
Je t’espère apaisée, chère Lola. Ici, je continue de déposer une rose, chaque semaine, à l’endroit où tes cendres ont été répandues, confiées au vent.
Je n’ai pas envie que « ça passe ». Je n’ai pas envie d’entendre sans un sourire désabusé tous ceux qui me disent que « la vie continue »…

Oui, elle continue. Avec toi!

https://jepamath.wordpress.com/2017/03/27/chier-sur-la-medecine/

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Lola, un an…

« Si je pouvais chanter pour toi un chant si doux
Que tous les oiseaux l’entendant le répèteraient,
Avec une pensée poétique si claire et belle
Avec des mots que même Shakespeare
Ne pourrait trouver,
Ce ne serait pas assez,
Juste pas assez… »

Si je pouvais maintenant te faire reine du monde,
Inscrire ton nom dans chaque livre, et chaque vers,
Si je pouvais mettre mon cœur au creux de ta main
Soumettre mon âme même à tes ordres,
Ce ne serait pas assez,
Ce ne serait pas assez… »

(Calvin Russell, mort comme toi)

C’était il y a un an… C’était hier. Lola, chère regrettée!

You are always on my mind…

 

Toulouse

Il y a un an j’étais à Bergerac, je présentais un travail, et je rappelais pour te dire que ça s’était bien passé.  Et toi comment vas-tu? Tu avais du mal à parler… je passais te voir en rentrant. Aujourd’hui je vais à Toulouse. Et tu n’es plus là.

Lola!!!

Exposition, souvenir…

C’était le 4 mars, l’an dernier.

Tu étais sur ton lit d’hôpital, et je t’appelais le soir du vernissage, pour te dire ce qui se passait:

Les trois peintres avec lesquels tu exposais avaient décidé de réaliser une œuvre commune, chacun dans son style. A tour de rôle, ils échangeaient leurs idées de l’ensemble, et se relayaient, au son de deux guitares, et devant plus de 60 personnes, silencieuses, dans un respect palpable, « pour Lola »…

Et toi, émue au téléphone…

Et moi, perdu, en larmes, obligé de sortir pour me calmer devant la sollicitude muette des invités, devant l’amour que te donnaient Jak, Christophe et Hervé…

On l’a apportée dans ta chambre, une semaine plus tard. J’ai du t’aider et te soutenir le dos pour que tu puisses voir cette fresque, sur le mur, au pied de ton lit. Déjà tu n’étais plus complètement consciente. Déjà tu réagissais à peine. C’était le lundi, la veille…

Oh, Lola!

 

Ta montre

Ta montre, Lola…

Celle que tu m’as donnée, et que je porte depuis que tu es partie…

Elle vient de s’arrêter, cette nuit. Même pas un an?

C’est quoi, ça? Ce caprice d’un objet si lourd de sens pour toi et pour moi?
Je vais la confier à un horloger. Vite. Mais l’aura-t-il réparée avant le 14?

Si elle était à eau, je pourrais la faire tourner avec les larmes que cet incident m’a tirées.

Saint Valentin

Ma Lola,

Drôle de jour. Et souvenirs!

On ne s’était jamais souhaité cette fête des fleuristes. On n’attendait pas une fête commerciale pour se payer un bon restaurant.

L’an dernier, on signait, sur ton lit d’hôpital, le contrat pour tes obsèques…
Et le matin tu m’avais écrit, cachant autant que possible ta crainte, ton affolement devant  le peu de respect de ces connards, qu’ils devaient te transférer le lendemain dans un autre endroit, un patelin paumé à 90 minutes de chez nous. 3 heures par jour pour aller te voir! L’isolement total! Tout ça contre ton gré! Les salauds. Tout ça pour rentrer dans leurs critères de gestion! C’est de ça que meurt l’hôpital, de leur passivité ou de leur complicité!

Déportée, littéralement, pour un établissement de soins palliatifs, un vrai, comme ils disaient.

Heureusement que des amis bien placés ont téléphoné à la direction de l’hôpital, pour rappeler que tu ne voulais pas, que je ne voulais pas, et que quelqu’un, en haut, tout en haut, bien au dessus de leur hiérarchie imperméable à l’humanité, ne voulait pas.

Une heure plus tard, ils avaient compris qu’il ne fallait pas insister.

On s’est bien battus, ce jour de 2017.

Alors, bonne fête, Lola!

Il y a un an…

Ce 23 janvier 2017, je dormais chez toi, en prévision de ton départ, le lendemain, pour une séance de plus de chimio…
Je restais chez toi pour te poser, avant que le taxi ne passe te prendre, le patch anesthésiant sur la pompe d’injection.

Tu partais, et je te disais « à ce soir »…

Tu n’es plus ressortie de ton lit d’hôpital, sauf pour venir à St Jean, encore une autre chambre, sans même la vue sur un arbre.

Tu n’en es ressortie que pour ton dernier voyage vers l’infini.

Au bout de 7 semaines… 7 semaines…

Pauvre Lola, chère toi!

On parie?

Qu’est-ce que ça va être quand il aura causé!

Notre bon prince va parler. Mais comment? Quelle angoisse!

Allez, je vous fais le pari: sa femme sera avec. Parce qu’elle fait partie de son plan marketing, depuis le début!

Comme d’habitude, je n’écouterai pas.

Sans intérêt.

Voeux…

J’ai vécu les plus beaux moments de ma vie avec elle.

Et aussi les plus tristes, quand la maladie s’est emparée d’elle, pour ne la lâcher qu’au bout de sa mort.

Je n’avais jamais entendu quelqu’un gémir de douleur. Je n’avais jamais vu quelqu’un maigrir à ce point, avec des traitements qui étaient censés prolonger sa vie. Deux mois de plus, sur un lit d’hôpital, en attendant la fin, annoncée, inéluctable.

Je n’avais jamais vu une telle force, une telle sagesse, une telle beauté dans le regard, jusqu’au bout.

Jusqu’à ce 14 mars 2017, où elle a enfin décidé de céder, d’abandonner cette lutte inutile et cruelle pour elle.

Depuis novembre 2015, nous savions que l’échéance venait. Nous espérions. Elle ne demandait pas grand-chose : deux ou trois ans de plus, pour savourer encore un peu de ce bonheur qui, toute sa vie, lui avait été parcimonieusement compté, et que nous vivions ensemble et en paix.

Alors aujourd’hui, je n’ai pas envie de formuler des vœux pour 2018. Je ne sais quoi souhaiter, puisque ce que nous souhaitions pour elle nous a été refusé.

Aujourd’hui, je la laisse s’exprimer pour nous deux, puisque aussi bien, elle était plus forte et plus sage que moi.

Je crois qu’elle vous demande de bien vivre l’année qui vient, et les autres, selon votre chance devant ce hasard qui ne fait aucun cadeau.

Je crois qu’elle vous demande de vivre jusqu’au bout et de toutes vos forces ce que vous avez de plus beau et de plus fort en vous, sans oublier de sourire, aux autres et à vous-mêmes. Elle le disait :

« il faut vivre ».

Bonne année, Lola, chère âme sœur. A vous, le superflu. A moi son souvenir, car il m’est nécessaire, même s’il ne suffit pas.

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Jean-Paul Mathieu